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ARCHIVES & MUSEE DE LA LITTERATURE

Centre de recherche et de documentation littéraires et théâtrales de la Communauté française de Belgique

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Marc Liebens, 1938-2012

Il était décidé à monter Pétrole de Pier Paolo Pasolini, vieux rêve indéfiniment repris, comme à créer à Berlin un opéra tiré de Y penser sans cesse de Marie Ndiaye. Il venait d’achever la mise en scène à Genève de La Maladie de la mort de Marguerite Duras.

Marc Liebens fut le rénovateur du théâtre belge de langue française. Dès le début des années septante, l’expérience du Théâtre du Parvis y injecta un souffle nouveau. Dès cette époque aussi, les embusqués ne manquèrent pas de tenter de piéger et de mettre à l’écart celui qui posait des questions dérangeantes et croyait aussi bien au Verbe qu’à la Forme.

L’aventure de l’Ensemble Théâtral Mobile, en Belgique et hors Belgique, la création de la collection Didascalies, l’invention tragique du Marni, tous projets menés avec Michèle Fabien, la carrière suisse après la disparition de celle-ci en 1999 ne cessèrent d’approfondir les questions et les certitudes qui le taraudaient.

Interroger l’histoire de ce temps ; rappeler les pouvoirs de l’écriture à la scène ; dégager l’espace scénique des effets pour l’approcher de l’épure et laisser aux acteurs le plein déploiement de la voix et du corps furent ses paris. Janine Patrick et Nathalie Cornet ont incarné à la perfection cette esthétique qui était unique.

Marc Liebens savait que la clé du théâtre n’est pas le vérisme ; qu’il est une re-création par la voix d’un enjeu majeur que lui seul peut donner à voir. La distanciation qu’il pratiquait n’était pas brechtienne. Elle passait par une appréhension abstraite-concrète du texte, afin de le faire advenir sur la scène comme une remise en jeu de l’Histoire et des destins. Au théâtre Le Public, Hélène en poussa la logique jusqu’à l’évidence absolue.

Pasolini et Bernhard, Louvet, Piemme ou Mertens, Claudel, Muller ou Kleist, connurent ainsi des destins théâtraux qui constituaient une expérience chaque fois renouvelée, incertaine, nourrie par une culture intellectuelle exceptionnelle et une pudeur extrême devant l’écriture.

Liebens était un écrivain rentré, qui voua sa vie de créateur au service de l’écriture d’autrui. Jusqu’à connaître avec Michèle Fabien la symbiose qui fut la leur et symbolisa son destin. A deux ils renouaient au plus profond avec le théâtre antique qui est à la base de notre imaginaire et de nos dramaturgies ; et, de là, nouaient avec la modernité un rapport qu’il fut un des seuls, avec Antoine Vitez, à incarner. Sa disparition n’est pas sans faire penser à celle d’Œdipe à Colone.

Une part importante de ses archives sont disponibles aux Archives et Musée de la Littérature ainsi que des photos de scène de Marc Trivier et d’Alice Piemme.


Marc Quaghebeur


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