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ARCHIVES & MUSEE DE LA LITTERATURE

Centre de recherche et de documentation littéraires et théâtrales de la Communauté française de Belgique

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Victor Hugo Les Miserables dos couverture

Victor Hugo en exil

Les Archives et Musée de la Littérature détiennent plusieurs documents passionnants relatifs à cette longue période de la vie de Victor Hugo : les dix-neuf années de son exil hors de France.

Après s’être farouchement opposé au coup d’Etat de Napoléon III, Hugo se réfugie à Bruxelles en décembre 1851. Il met ce séjour forcé à profit pour écrire son fameux pamphlet Napoléon le Petit, publié en août 1852. Juste avant cette parution, il adresse une lettre le 31 juillet au bourgmestre de Bruxelles, Charles de Brouckère, expliquant qu'il quitte Bruxelles et la Belgique car sa « présence semble créer au gouvernement belge un embarras », mais il tient à le remercier car de Brouckère est « pour tous les proscrits français une sorte de personnification vivante de ce bon et loyal peuple belge si digne de la liberté ». Le même jour, Hugo adresse un texte Aux Proscrits français réfugiés en Belgique, beau manuscrit par lequel il dit quitter avec « un regret profond » la Belgique et ses « compagnons de proscription ». Outre ces deux documents, on peut lire également les deux pages manuscrites d’une « proclamation » contre Napoléon III, écrite plus tard (en décembre 1852) : « Louis Napoléon Bonaparte a violé la Constitution qu’il avait jurée. Il s’est mis hors la loi !... ».

Quittant Bruxelles, Hugo se retire à Jersey. C’est là que paraissent plusieurs fascicules, dont son discours pour l’Anniversaire de la Révolution polonaise, des poèmes extraits du volume des Châtiments à paraître, ou ses Discours de l'exil 1851-1854, et plus tard ses poèmes A Garibaldi et La Voix de Guernesey, tous consultables aux AML, de même que les deux lettres qu’il adresse (fin 1853 et fin 1854) à l’éditeur belge Henry Samuel à propos de la publication de ses discours. La correspondance de l’éditeur Jules Hetzel, en exil également, à Alphonse Lebègue fait aussi état de tractations éditoriales avec Hugo en 1854 (tous deux publieront Les Contemplations en 1856, à Paris et à Bruxelles). On peut lire par ailleurs un bref billet qu’Hugo adressa à un proscrit. Ou sa lettre de remerciements à Madame Bourson qui l’avait accueilli avec son fils Charles à Bruxelles, rue Notre-Dame aux Neiges, au cours d’un de ses voyages sur le continent.

Expulsé de Jersey en octobre 1855, Hugo part s’établir à Guernesey pour y poursuivre son long exil. C’est à Guernesey qu’il reprend et achève son manuscrit des Misérables. Il en avait commencé l’écriture en 1845, sous le titre Les Misères, mais son activité politique et sa fuite en empêchèrent l’achèvement. Pour cette première rédaction, l’on peut découvrir aux AML une lettre de Juliette Drouet à son cher Victor, auquel elle dit son impatience de recopier le manuscrit afin de « savoir le sort de la pauvre petite Cosette, du père Madeleine et du vieux Fauche-le-vent ». Cette belle lettre s’étale sur quatre pages d’une grande écriture inclinée ; elle n’est pas datée, mais Nicole Savy (Paris) la situe en 1847.

Après la publication de La Légende des siècles en 1859, Hugo s’attèle donc à celle des Misérables. En témoignent ses deux lettres aux éditeurs Lacroix et Verboeckhoven, datées d’octobre et décembre 1861, par lesquelles il s’engage à les aider « dans le cas peu probable où un procès serait fait en France aux Misérables » ou dans l’éventualité « d’une contrefaçon à poursuivre ». Il y annonce aussi les dates qu’il prévoit pour la livraison des différentes parties du livre et rédige lui-même un avenant au contrat d’édition, fixant en six points les conditions de cette parution.

Un autre opposant à Napoléon III, Noël Parfait, s’interroge dans une lettre à l’éditeur Alphonse Lebègue sur les risques encourus par Albert Lacroix avec cette publication des Misérables dont il s’apprête à lire les deux premiers volumes : « Pour (…) que l’opération commerciale réussisse, il faut que ce livre soit un chef-d’oeuvre hors ligne et sans conteste ». Cet ouvrage donnera en tout cas l’occasion de causeries à Alphonse de Lamartine, qui annonce à une abonnée, en janvier 1863, que « l'entretien prochain [du Cours familier de Littérature] en contient trois sur les Misérables de M. Victor Hugo »...

On trouve d’autre part, en 1861, une trace de l’engagement de Victor Hugo en faveur de l’abolitionnisme dans un fragment de lettre adressée à Paul Chenay, autorisant celui-ci à graver son « dessin de John Brown » et rappelant la lettre qu’il avait adressée « à l'Amérique » en décembre 1859, où il prophétisait « la rupture de l'Union américaine, grand malheur, et l'abolition de l'esclavage, immense progrès ». On peut encore consulter, pour cette période, un extrait de presse reproduisant une lettre de Hugo, datée de 1864, aux auteurs d’une pétition pour l'abolition de la peine de mort, ainsi que, provenant d’un journal anglais, une transcription de « la dernière lettre [de Giuseppe Garibaldi] qu'il ait écrite en quittant l'Angleterre », en réponse à une lettre de Victor Hugo de cette même année.

Théophile Guérin, proscrit et exilé comme Hugo, rentra à Paris après l’amnistie décrétée par Napoléon III en août 1859 et trouva du travail à la Librairie Internationale. C’est à lui que Victor Hugo adresse en 1866 un billet demandant un exemplaire des Travailleurs de la mer qui vient de paraître. Par une lettre à Millaud, Hugo donne en 1868 ses conditions financières pour une préface à un projet (non abouti) d’encyclopédie du XIXe siècle, Tout pour tous, en se référant notamment à « l'édition belge princeps (1862) des Misérables en 10 volumes ». En avril 1869, il écrit à l’éditeur Lacroix au sujet de la préface et des épreuves de « l’édition belge » et de « l’édition de Paris » de son roman L’Homme qui rit. Le 5 septembre de l’année suivante, Victor Hugo rentre triomphalement d’exil à Paris.

Lettre de Victor Hugo à Charles De Coster Hugo adressa également des lettres à des auteurs belges de son temps, comme Charles De Coster, dont il a aimé les Légendes flamandes et La Légende d’Ulenspiegel, Emile Verhaeren, félicité pour Les Flamandes via Richard Lesclide, son secrétaire particulier. Ou Georges Rodenbach, qu’il remercie pour Les Tristesses. Leconte de Lisle écrivit aussi à Georges Rodenbach, en 1879, pour se plaindre des erreurs relevées dans un article de ce dernier.

En 1880, Henry Céard décrit à Théodore Hannon la cérémonie des obsèques de Gustave Flaubert, en déplorant avec virulence l'absence de Victor Hugo à cet hommage à « l’homme qui l’a toujours défendu avec acharnement, même au milieu de ses gâtismes récents ».

Les AML possèdent en outre des lettres de proches de Victor Hugo, comme celle de Léopold (père de Victor) à sa soeur, ou celle de l’épouse de Victor, Adèle, qui écrit à Madame Waldor en 1831, donnant des renseignements sur la vie sociale du couple à cette époque. Ou encore celle du compositeur Pierre Zimmermann, non datée mais forcément d’avant 1852, nous apprenant qu’il a invité à dîner Victor Hugo et le compositeur Giacomo Meyerbeer.

Enfin, on peut lire une autre lettre de Juliette Drouet, à Madame Luthereau, cette amie qui l’avait hébergée Galerie des Princes, à Bruxelles, quand elle accompagnait Victor Hugo dans sa fuite, écrite le jour même du « quatorzième anniversaire de notre exil ».

La plupart de ces documents sont extrêmement fragiles et placés sous des pochettes de protection anti-acide. Ils sont tous repris dans notre base de données Plume, aux côtés d’ouvrages de Victor Hugo (dont certains faisaient partie de la bibliothèque d’Emile Verhaeren), de programmes ou critiques de ses pièces de théâtre (dont une sur Les Burgraves par Verhaeren), d’articles à son sujet...

Certaines des lettres décrites ici ont été exposées de juillet à fin septembre 2011 au Musée Wellington de Waterloo, dans le cadre de l’événement « Les Misérables, 150 ans à Waterloo » organisé par Jean Lacroix, directeur de l’Espace Bernier et commissaire en 2002 d’une autre exposition mémorable, « Victor Hugo, mille jours en Belgique ». Quatre de ces documents (la lettre de Juliette Drouet à Hugo, celles de Victor Hugo à Lacroix et Verboeckhoven, et l’avenant au contrat d’édition des Misérables) seront exposés dans le Librarium de la Bibliothèque royale de Belgique, du 20 janvier au 15 avril 2012.

Pour éclairer le contexte de ces correspondances autour de Victor Hugo consultables aux AML, il peut être utile de se référer aux écrits de Nicole Savy, alors au Service culturel du Musée d’Orsay (Paris), dont sa collaboration au colloque « France - Belgique (1848 - 1914) : Affinités - ambiguïtés » et son essai Victor Hugo voyageur de l'Europe (octobre 1997).


Le chercheur intéressé pourra retrouver les documents précités, dans l’ordre de leur énumération, sous les cotes suivantes : ML 01095/0001, ML 01096, ML 04292, ML 01095/0004, ML 01095/0006-0007, ML 01095/0009, ML 01095/0005, ML 01095/0008, ML 01095/0002-0003, ML 07100/0001-0002 et 0013, ML 02561/0022, ML 02254/0004, ML 02145/0001, ML 05523/0001-0002, ML 05523/0003, ML 07100/0121, ML 02917, ML 03732/0280, ML 01095/0010, ML 01095/0011, ML 06926, ML 01094, MLT 01726, ML 03700/0002, ML 03700/0001, FS16 00148/0683, ML 03039/0073, ML 03041/0034, ML 02232, ML 02170/0006, ML 02170/0005, ML 02662/0005, ML 03968/0001, FS16 01215.


Jean Danhaive
(2011)

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