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ARCHIVES & MUSEE DE LA LITTERATURE

Centre de recherche et de documentation littéraires et théâtrales de la Communauté française de Belgique

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Barbara chez Cayet


Barbara, dix ans d’absence… Cette fin 2007 voit Paris se souvenir de la silhouette, du regard et surtout de la voix de sa louve.
La France commémore en effet les dix ans de la mort de la chanteuse née Monique Serf en 1930 et décédée soudainement à Neuilly en 1997. L’interprète de Ma plus belle histoire d’amour c’est vous demeure l’un des joyaux de la Chanson française, son influence sur la scène musicale française reste indéniable.
La Belgique, elle aussi, se souvient avec émotion de la dame de Précy-sur-Marne, le parcours de Barbara restant intimement lié au plat pays et ce, à un moment crucial pour tout artiste, celui des tout premiers pas.

Belle occasion pour ressortir du fonds Cayet des AML de vieux négatifs « Barbara », ces portraits inédits que le photographe bruxellois Jo Cayet (1907-1987) a réalisés de la chanteuse au tout début de sa carrière dans son studio, rue de la Madeleine.
C’était lorsque Barbara fuguait de sa France natale, c’était après la guerre, après les persécutions. C’était l’hiver 1950, et c’était à Bruxelles et Charleroi. Bruxelles où il était de bon ton d’aller se faire photographier chez Cayet. D’autres personnalités françaises telles que Marais, Philipe, Ferré, le mime Marceau, Cocteau ou Mauriac y vinrent d’ailleurs s’y faire tirer le portrait. Toutes ces figures sont également archivées aux AML.

Avec l’aide de l’Association Perlimpinpin-Barbara chère à Martine Worms et à Didier Millot, ces clichés, au nombre de 28, sont régulièrement utilisés dans le cadre de rétrospectives, reportages, monographies ou documentaires consacré à la dame en noir. Épinglons, plus près de chez nous, en 2005, la participation des AML au documentaire Les Chemins de Barbara, réalisé par Christian Mesnil, film étonnant qui mit en exergue la jeunesse et les débuts de carrière peu connus de Barbara en Belgique.
C’était avant Paris, avant L’Écluse où elle explosa véritablement en 1958, avant Bobino, bref, avant le succès. Avant qu’elle ne soit une star, Barbara se produisait alors notamment chez Dekmine à Ixelles au Cheval blanc, Porte de Namur. Elle y côtoyait le regretté Yvan Delporte et nombre de marginaux. Vie de nomade et de bohème...

Bien que détenteurs des droits, les AML ne possèdent aucun « vintage » avec la signature caractéristique de Cayet mais ont fait appel au photographe Marc Trivier pour retravailler ces précieux négatifs.
Dater avec précision ces photos paraît difficile. On peut toutefois parler avec certitude des années cinquante. Les premières, proches de 1953, l’année du mariage avec Claude Sluys. Peut-être de l’année 52, celle de sa rencontre avec la musicienne géorgienne Ethery Rouchadze qui accepte de l’accompagner son premier répertoire et lui fait rencontrer l’avocat Claude Sluys qui venait faire ses tours de magie dans l’atelier de Boondael où Barbara a atterri grâce à lui.
Elle fréquentait aussi le poète surréaliste Paul Nougé (parrain intellectuel de Sluys) dont les Cartes transparentes, écrite du 22 mars au 12 mai 1952 sont dédiées à « Monsieur P. », i.e. Francis Ponge, et s’achèvent par un poème intitulé Etheria. Les AML possèdent les cartes (14 X 9 cm.) qui constituent l’original de ce curieux carré artistique. Toujours à l’occasion de cet anniversaire Barbara 1997-2007, une multitude d’ouvrages et/ou rééditions sur elle voient le jour en cette fin d’année. Les AML invitent donc chaleureusement à parcourir les très beaux livres d’auteurs passionnés qui sont sortis dernièrement tels que ceux écrits par Valérie Lehoux, Jérôme Garcin, Marie Chaix ou encore Didier Varrod, pour ne citer qu’eux. Encore amoureux ou sous le charme, tous confient leurs témoignages ou font partager leur passion pour l’inoubliable Barbara. Elle qui, on s’en rappelle, avait rédigé ses mémoires sous le titre bien à elle Il était un piano noir, mémoires interrompus (Fayard, 1998). Les pages consacrées à Bruxelles restituent bien la liberté de l’époque.

Certains ouvrages ont attiré notre attention, trois perles à l’intérieur desquelles l’on retrouve certains portraits tirés de la série Cayet :
1) Superbement mis en page et richement illustré, Barbara, à demain, je chante, signé Didier Varrod aux Éditions Textuel, est un élégant hommage rendu à la femme-piano. C’est toute l’Histoire de France à travers la vie voyageuse de Barbara avec d’abondantes collaborations scripturales qui vont de Didier Millot à Olivia Ruiz. Un bijou. De plus, il y a cette merveilleuse photo de Brel entraînant Barbara à visiter les Flandres, Damme, les canaux, la mer du Nord... C’était lors du film Franz, Brel en était fou amoureux, pouvait-il en être autrement ? Puis, on repense aussi à ces gens qu’elle connut comme Ferré, Brialy, Reggiani mais aussi Sheller, Depardieu...
2) À conseiller aussi, Barbara. Portrait en clair-obscur paru chez Fayard en coproduction avec la revue Chorus. Une Barbara sous la plume journalistique de l’écrivaine Valérie Lehoux (on notera également la collaboration de Juliette Gréco). Là aussi, c’est une belle opportunité pour se pencher sur l’existence d’une Barbara aux mille facettes ; on ressent ici tout l’attachement que la journaliste porte à la chanteuse. Très bien documentée, avec force témoignages, Lehoux brosse avec talent une exploration éclairante, recherchée et poussée.
3) Enfin, chez Libella-Maren Sell Éditions, paraît le bel ouvrage de la romancière Marie Chaix, l’assistante de Barbara de 1966 à 1970, intitulé Barbara. Ce second ouvrage consacré à Barbara par Chaix permettra au lecteur de voyager au plus près de la chanteuse. Une vie, un univers, des expériences résumés en seize chapitres, au plus intime, mémoire pour mémoire. Ce livre-référence au format de poche contient notamment des photos précieuses de la chanteuse. Fait rare, car Barbara appréciait peu les photos que l’on prenait d’elle, même celles de son enfance ; elle les déchirait presque systématiquement. Heureusement, Chaix sauva alors quelques clichés promis à la destruction… On a un peu l’impression de se retrouver dans ses habits noirs de panthère ; Barbara, son œuvre, ses secrets, ses errances… Assurément, elle nous manque.


(Novembre 2007)



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