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ARCHIVES & MUSEE DE LA LITTERATURE

Centre de recherche et de documentation littéraires et théâtrales de la Communauté française de Belgique

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montage réponses à l'enquête Beerblock

Aimez-vous la Belgique?


Parmi les documents étonnants rencontrés au cours d’une carrière d’archiviste aux AML, le dossier "Aimez-vous la Belgique et pourquoi?" mérite sans conteste une place de choix. Il résonne en outre d’une manière toute particulière dans le contexte national actuel.

En 1929, l’écrivain Maurice Beerblock*, est correspondant en France pour La Meuse Littéraire, une publication liégeoise. Pour célébrer le premier centenaire de la Belgique indépendante, il lance une enquête qui met en lumière le sentiment de Français illustres à l’égard du pays voisin.

A quoi pouvait-il s’attendre de la part de Maurice Genevoix, Marcel Aymé, Tristan Derême, Paul Fort, André Maurois, Jeanne Catulle-Mendès, et des autres, en leur posant cette question-bateau ? A quoi s’attendrait un journaliste tentant la même expérience aujourd’hui ?

Vingt-neuf lettres de réponses sont arrivées jusqu’à nous**. Elles sont ahurissantes. En soi, il est vrai, elles ne témoignent pas pour le génie de leurs auteurs. Ce sont de petites déclarations rapides, plus ou moins bien formulées et rien de plus. Ce qui surprend, par contre, c’est la teneur de ces réponses, leur unanimité et leur ton d’évidence.

Aimez-vous la Belgique ? De toutes parts, la réponse est OUI. Non seulement, elle est positive mais encore cela va-t-il de soi. Pas un d’entre ces hommes et femmes de lettres ne profère une seule réserve.

Ce ne sont qu’admiration, louanges émues, gratitude, évocations lyriques, appels pour la jeunesse française à suivre l’exemple belge !

Les Français ne sont-ils pas réputés pour leur chauvinisme ? Pour une tendance à s’approprier dès lors ce qui est bon et bien en Belgique en le déclarant français ?

Ici, il n’en est rien. Ils savent apprécier l’oeuvre de Verhaeren et savent tout aussi bien qu’il est belge. En fait, ils l’apprécient comme tel.

Les Belges de leur côté n’ont-ils pas intégré jusqu’à la moelle l’appartenance à un pays dont la petitesse géographique n’a d’égale que l’étroitesse de son esprit ? Ne connaissent-ils pas, au point d’y adhérer presque, les divagations anti-belges de Baudelaire dans son Pauvre B ?

Or donc, le paysage des mentalités était très différent en 1929. Même si avant (avec Baudelaire) la nation et ses habitants avaient été mis à mal, même si après, les Belges avisés ont le plus souvent songé à quitter leur pays, il y a eu au moins une interruption dans ces jugements négatifs. Pendant un temps on a reconnu à la Belgique la qualité de « grande nation du Nord ».

C’est le privilège des archivistes de pouvoir exhumer ces instantanés du passé.

On ne s’en lasse pas. Chacune de ces vingt-neuf lettres le dit autrement, et apporte quelque chose de nouveau.

L’attitude du couple royal en 1914 n’a pas été pour peu dans une admiration parfois grandiloquente. A l’heure de l’offensive allemande, on leur reconnait avoir « préféré l’honneur » à la vie, et « dans un élan, tout un peuple » les a suivis. Les Français diront plusieurs fois leur gratitude pour avoir été protégés par la position héroïque de la Belgique.

Recréant le contexte de l’époque, on se rappelle que la Belgique est alors un pays très prospère. Le grand amour, l’attention si volontiers prêtée à notre petit pays et à ses habitants ne seraient donc qu’une admiration pour notre richesse, notre bourgeoisie, nos beaux atours et nos grands parcs ?

Une étude approfondie permettrait de comprendre ce qui a orienté les mentalités dans ce sens inhabituel à cette période de l’histoire. En attendant, on peut se contenter de jouir de la variété des points mis en avant, du lyrisme désuet, et tout simplement des compliments qui pleuvent sur un pays qui ne semble plus du tout capable de se réjouir de lui-même.

Célébrons ces paroles :

« La Belgique a écrit une grande épopée » (Stéphane St-Georges de Bouhélier) ;
« elle a marqué le plus haut point de la noblesse humaine » (Aurel) ;
« On a toujours cent raisons d'aimer ce qu'on aime, mais nous aimons d'abord la Belgique pour l'exemple qu'elle donnera désormais d'âge en âge » (Georges Bernanos) ;
« les grands artistes belges » (Maurice Constantin-Weyer) ;
« peuple avisé, clairvoyant et généreux » (Léon Daudet) ;
« cette nation forte et loyale, » .... « son esprit tenace et méthodique et qui est capable en même temps de donner le jour à de grands artistes » ***(André Demaison) ;
« Dans quelle ville de l'étranger voudriez-vous habiter ? a-t-on demandé récemment. Comment répondre autrement que par ce nom aimé : Bruxelles ? » (Henri Duvernois)
André Maurois, lui, s’exclame : « Comment un écrivain français pourrait-il ne pas aimer la Belgique où il trouve à la fois un public capable de comprendre les nuances les plus difficiles de sa pensée et un modèle qui a conservé un caractère national et original ? »
Le plus primesautier est le message de Jean Martet, qui annonce : « Pourquoi j'aime la Belgique ? Parce que je suis Français. Je demande la suppression de la frontière franco-belge. Pour la forme de gouvernement, on tirera au sort. »

... Une idée à retenir ?



Catherine Daems



*1880 – 1962. Journaliste et écrivain, il a écrit des romans et poèmes sous : La boule de jardin, Remarques, Louis Banneux, Paroles sans romance ; De Paris et d’ailleurs,...
**Elles sont disponibles sous les cotes ML 09360/ 1 à 29.
***Encore !!?



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