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ARCHIVES & MUSEE DE LA LITTERATURE

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Une lettre d'Indira Gandhi dans le Fonds Suzanne Lilar



Indira Gandhi, Lettre à Suzanne Lilar, 11 décembre 1971.
1 p. (1 f.) ; 21 cm + enveloppe. – Dact. s. - Rédigé en anglais.
ML 08499/0310


Même aux AML, où les correspondances aux noms prestigieux se bousculent, tomber sur une lettre d’Indira Gandhi, aussi brève soit-elle, reste un événement. Un événement que l’on a envie de partager !

En 1971, Indira Gandhi, au seuil de sa carrière politique, vient de parcourir Le malentendu du deuxième sexe de Lilar. Elle l’a trouvé fascinant. Elle précise toutefois que si les femmes indiennes ont toujours été réprimées, le succès de l’une d’elles est accueilli favorablement par la société. En Inde, la conception de la femme est différente, conséquence probable d’une autre relation à Dieu : le symbole de la force n'étant pas masculin mais la déesse Durgâ...

Mais commençons par le commencement. Suzanne Lilar écrit Le malentendu du deuxième sexe en 1969. Son œuvre, si diverse dans sa forme, a déjà touché au théâtre, à l’essai et au roman. Pourtant, son parcours est des plus cohérents, rythmé par un va-et-vient continuel entre l’intelligence critique et l’intelligence sensible. Lilar s’attache essentiellement à la relation et à l’analogie : rassembler ce qui est habituellement séparé, voilà l’un de ses thèmes de prédilection.

Après un essai sur le couple en 1963, puis sur Sartre et l’amour en 1967, le "détricotage" du livre le plus célèbre et le plus controversé de Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, est la suite logique du développement de sa pensée. Mais quelle est-elle exactement ?

La perspective de Beauvoir était la neutralisation complète des sexes, les différences observées n’étant que culturelles et assimilées : « On ne naît pas femme, on le devient ». Lilar, elle, déclare que pour poser correctement le problème féminin, il convient de partir de la bisexualité intrinsèque du vivant, en évitant de tomber dans l’un de ces deux pièges : « Sous prétexte que la femme est différente, la réduire à sa différence ; sous prétexte qu’elle est semblable, contester la différence » (Le Malentendu, p. 21).

« Ce partage de l’humanité en deux groupes monolithiques, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, c’est une fiction, sauf pour l’état civil. Ce qui n’est pas une fiction, c’est qu’il y a un mode masculin et un mode féminin d’exister. Mais ce mode s’offre à tous les êtres, aux hommes comme aux femmes. L’accomplissement d’un être humain ne peut se faire que par une émulation de ces deux composantes en nous. La femme est plus inclinée vers le féminin que l’homme mais elle a aussi sa composante virile. »

(Extrait d’une interview de Lilar en 1969, document INA.)


Et la science semble confirmer ce point de vue. Lors de la rédaction du Malentendu, Lilar a travaillé avec l’endocrinologue français, le Pr Gilbert-Dreyfus (voir leur très intéressante correspondance dans notre base de données Plume, sous la cote ML 08499/0326). Celui-ci rédigera une postface autonome sur la bisexualité potentielle de l'individu et son extension à l'organisme entier (psychisme, sensibilité et intellect). Une fois l’androgynie biologique reconnue, la question de la hiérarchie des sexes, tant dénoncée par Simone de Beauvoir, est close. Lilar ouvre ainsi la voie au nouveau féminisme.


A propos de la déesse Durgâ :
Dans la religion hindoue, les déesses sont omniprésentes. On vénère même l'image de la nation par le biais de son identité féminine de Mother India, la Déesse-Mère ou Devi.
Durgâ (« la difficilement accessible ») représente au côté de Kâlî (« la noire ») l’aspect guerrier de la Mère. Elles sont aussi toutes deux les épouses de Shiva. Dans l’hindouisme, la condition d’épouse d’une divinité masculine n’est rien d’autre que son principe féminin. Contrairement à l’aspect masculin qui est statique, l’énergie féminine fait naître et nourrit constamment la « nature matérielle ». Ainsi, à travers la vénération de la composante féminine de la divinité, la dichotomie entre la transcendance du dieu et son immanence terrestre est dépassée. Il est aisé d’entrevoir les points d’ancrage avec les conceptions de Lilar.



Pour plus d’informations sur le Fonds Lilar, voir la liste des fonds.



Saskia Bursens
(mai 2010)



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